101_1517Je pourrai écrire un paragraphe entier sur ce titre emprunté à une chanson de Bashung, si joliment et judicieusement choisi. Je pourrai écrire un paragraphe entier sur cette photo de couverture représentant une jeune femme tout de noir vêtue, à la beauté intimidante d'une vedette de cinéma.
Lucile s'est donné la mort en 2008, à l'âge de 61 ans, après une vie marquée par la maladie et la folie. Sa fille, Delphine de Vigan, se lance alors dans une enquête impossible et personnelle, celle de "l'origine des choses" : à quel moment, quel élément déclencheur a fait basculer Lucile dans "la nuit" ? L'auteur témoigne avec pudeur de la nécessité et de la difficulté, voire de l'impossibilité d'écrire sur sa mère, d'écrire "sa mère".
Alors, à défaut de pouvoir expliquer, et sans taire les doutes qui l'assaillent au fur et à mesure de ses recherches, elle essaye de s'approcher au plus juste de ce qu'a pu vivre Lucile, en fouillant le passé familial. A partir de lettres, de journaux intimes, de témoignages ou d'entregistrements, elle recompose le puzzle d'une famille nombreuse en apparence joyeuse, ouverte et non conventionnelle, mettant à la lumière de terribles drames (accidents, suicides, soupçons d'inceste).
Pourtant, rien ne ressemble ici à un déballage ou à un réglement de comptes, juste une quête sincère et douloureuse qui se lit avec une immense empathie... et un énorme noeud à l'estomac.

"L'écriture ne peut rien. Tout au plus permet-elle de poser les questions et d'interroger la mémoire."

{Rien ne s'oppose à la nuit, Delphine de VIGAN, JC Lattès}